Quelle langue parle-t-on en Tunisie ? Le guide complet.
Quelle langue parle-t-on en Tunisie ? Si la constitution tunisienne stipule que l’arabe est la langue officielle, la réalité du terrain est bien plus complexe. Entre l’arabe classique des livres et le Tounsi qui est la langue du quotidien, il existe un monde.

I) Quelle langue parle-t-on en Tunisie ?
Contexte de diglossie
Pour évoquer la situation linguistique en Tunisie, ou dans le monde arabe, il est commun de parler de « diglossie ». Ce terme décrit la cohabitation d’une variété haute (l’arabe standard moderne) et d’une variété basse (l’arabe tunisien) d’une même langue.
– L’Arabe Standard Moderne (MSA) : C’est la variété haute décrite supra. L’arabe standard moderne est la langue de l’école, des journaux télévisés et des échanges divers (commerciaux, diplomatiques, politiques…) entre les différents pays dont la langue officielle est l’arabe. C’est une langue généralement apprise à l’école, pas dans le cercle familial. Personne ne l’utilisera pour, par exemple, acheter son pain.
– La langue tunisienne, aussi appelée derja, lehja ou Tounsi : C’est la variété dite « basse ». Même si elle a un statut « inférieur » ou « d’arabe qui n’est pas du vrai arabe », elle est aussi la langue du cœur, de la rue, des blagues, des chansons populaires… bref, la langue du quotidien.
Quelle langue parle-t-on en Tunisie ? Entre arabe standard, tounsi et… berbère
Un paradoxe mérite d’être soulevé. Si un Tunisien utilise l’Arabe Standard Moderne dans un café, n’importe où en Tunisie, le registre sera exagérément formel. On le regardera probablement avec étonnement car c’est l’arabe tunisien qui est la norme pour ce genre de contexte.
Par contre, cette même situation n’aurait rien de bizarre avec un locuteur qui viendrait d’un autre pays arabe. Si un Jordanien utilisait son arabe jordanien avec un Tunisien qui parlerait son arabe tunisien, la situation serait sujette à quiproquo et incompréhensions.
Avant de continuer, il conviendra de rappeler que la langue tunisienne prend aussi racine sur un socle bien plus ancien qui est l’amazigh (le berbère). Si cette langue n’est plus parlée aujourd’hui que par une petite minorité, notamment dans le sud du pays, elle imprègne encore tout un pan du lexique quotidien, de la cuisine aux noms d’animaux.
II) Le tounsi est-il une langue ou un dialecte ?
Qu’est-ce qu’un dialecte ?
J’aurais pu chercher une définition du mot « dialecte » sur internet, mais j’ai préféré me replonger dans mes vieux cours de linguistique. Ce terme y est défini comme la variation régionale ou sociale d’une même langue.
Si l’on suivait la même logique, nous parlerions aujourd’hui de « latin dialectal français, espagnol ou italien ». Pourtant, ce sont des langues à part entière. Un Algérien qui utiliserait son arabe algérien en Tunisie se fait comprendre aussi naturellement qu’un Espagnol qui parlerait espagnol au Portugal.
De même, pourquoi ne pas parler de « langues arabes » comme nous parlons de « langues latines » ?
Le cas du maltais
Dans les faits, la frontière entre « langue » et « dialecte » est souvent une affaire de politique plutôt que de linguistique. Le cas du maltais en est la preuve flagrante. Linguistiquement, le maltais est une variante de l’arabe, extrêmement proche du tunisien. Pourtant, Malte a fait le choix d’ériger son parler en langue nationale officielle.
En adoptant l’alphabet latin, les Maltais ont démarqué le maltais de son arabité dont il est pourtant issu. Ce statut officiel leur a ainsi permis de s’affirmer face aux anciens colons et c’est là que le politique prend le pas sur le linguistique. si Malte était un pays musulman aujourd’hui, il y a fort à parier que le maltais serait toujours relégué au rang d’« arabe dialectal maltais » au lieu d’être célébré comme « langue maltaise ».
III) Vers une reconnaissance de la Derja ?
Aujourd’hui des associations comme l’Association Derja luttent pour que la langue tunisienne gagne enfin ses lettres de noblesse. À travers la codification de la grammaire, la création d’outils pédagogiques et la promotion d’une littérature moderne, le message est clair : le Tounsi n’a plus à rougir.
Pour conclure et répondre à notre question de départ : quelle langue parle-t-on en Tunisie ? La réponse est plurielle. Si l’arabe standard reste le socle officiel, c’est la langue tunisienne qui fait battre le cœur du pays au quotidien. Le tunisien n’est pas un arabe « diminué » ou simplifié ; c’est un système linguistique à part entière, riche de ses héritages méditerranéens et de sa propre logique. Si vous hésitez entre l’apprentissage de l’arabe tunisien ou celui de l’arabe moderne standard, jetez un œil à cet article.
Et pour vous ? L’arabe tunisien est-il un dialecte ou une langue à part entière ?
